
Par Evans PAUL
Il y a 218 ans, le 17 octobre 1806, l’empereur Jean-Jacques Dessalines, père fondateur de la nation haïtienne, tombait sous les coups de ceux qu’il considérait comme ses frères d’armes. Trahi et lâchement assassiné, son seul crime fut d’avoir libéré une nation entière de l’oppression coloniale. Dessalines avait brisé les chaînes du cruel système esclavagiste et lutté pour une répartition plus juste des richesses du pays.
Ce combat honorable lui a coûté la vie.
Héros révolutionnaire, Dessalines s’était engagé à offrir liberté et dignité aux hommes et aux femmes d’Haïti, descendants d’Afrique. Avec une sagesse prophétique, il nous avertissait déjà : « Si vos attitudes de trahison persistent, vous connaîtrez le sort des peuples ingrats. »
Ce qui paraissait alors comme un simple avertissement résonne aujourd’hui comme une malédiction encore vivace.
L’ingratitude envers Dessalines n’a pas seulement causé sa mort, elle a plongé Haïti dans une lutte interminable contre les trahisons internes, brisant l’unité nationale qu’il avait tant cherché à bâtir.
Non satisfaits de l’avoir assassiné, ses bourreaux allèrent jusqu’à lui refuser des funérailles dignes de son statut.
Abandonné dans la rue, son corps fut recueilli par Défilée et Dauphin, deux figures marginalisées que l’on disait folles. Pourtant, dans un acte de rare lucidité patriotique, ces deux âmes offrirent à l’Empereur déchu une sépulture improvisée.
Pire encore, pendant trente-huit (38) longues années, de 1806 à 1844, il fut interdit de prononcer le nom de Dessalines dans le pays qu’il avait fondé. Ce silence imposé visait à effacer non seulement sa mémoire, mais aussi l’essence même de la révolution haïtienne.
Il fallut attendre l’accession au pouvoir de Charles Rivière Hérard pour que Dessalines soit enfin réhabilité. Par la proclamation du 21 août 1843, suivie de son discours historique du 1ᵉʳ janvier 1844, l’honneur du père fondateur fut restauré, ravivant la flamme de son héritage dans la conscience nationale.
Cependant, ce n’est qu’en 1930, sous la présidence de Sténio Vincent, qu’un véritable tournant dans la réhabilitation de Dessalines fut marqué. Une statue à son effigie fut érigée au Champ de Mars à Port-au-Prince, 124 ans après son assassinat, célébrant enfin la mémoire de celui qui avait arraché la liberté d’Haïti.
Les efforts de réhabilitation se sont poursuivis au fil de l’histoire récente. Sous la présidence de Michel Martelly, un mausolée fut érigé et inauguré le 17 octobre 2015 à Pont Rouge, lieu symbolique de son assassinat. Plus récemment, le 18 juin 2022, une nouvelle statue a été inaugurée à Grande Rivière du Nord, en hommage à l’Empereur, dans la commune revendiquant sa naissance.
Jean-Jacques Dessalines, avec sa vision révolutionnaire, son courage inébranlable et son dévouement absolu à la cause de la liberté, incarne l’essence même de la résistance et de la dignité haïtienne.
Aujourd’hui, plus que jamais, il est impératif de rendre justice à son héritage et de restaurer sa grandeur.
L’esprit combatif et patriotique de Dessalines doit être la boussole des Actions pour le Bien Collectif (ABC).
Restaurons le prestige d’Haïti en tant que Première Nation noire indépendante, phare universel des principes de liberté, d’égalité et de fraternité.
Port-au-Prince
Jeudi 17 octobre 2024
